
Dans un espace déserte transformé en site d’accueil pour déplacés, a deux kilomètre d´Ansongo, Zariatou, 32 ans, serre contre elle son plus jeune enfant. « J´ai quitté mon village, après que des hommes armés nous ont attaqué et ont tout emporté avec eux, Grace aux ONG, on a pu tenir » raconte-t-elle d’une voix basse. Son mari, contraint de rester pour préserver ce qui reste de leurs biens.
Comme Zariatou, des milliers de familles ont fui ces derniers mois les violences qui continuent de ravager le Nord et le Centre du Mali. Les attaques terroristes, et l’insécurité généralisée vident peu à peu les villages. Certains déplacés internes viennent même de pays voisins, eux aussi frappés par les conflits.
Aujourd’hui, grâce à l’action humanitaire, de nombreuses familles déplacées internes ont pu préserver leur dignité et entrevoir l’espoir d’une vie meilleure. Dans un contexte marqué par l’insécurité, la pauvreté et les déplacements forcés, l’action humanitaire se révèle non seulement comme un secours vital mais aussi comme un pilier de résilience. Elle apporte une réponse immédiate aux besoins essentiels alimentation, eau potable, santé, abri, éducation tout en redonnant aux populations la force et la confiance nécessaires pour se reconstruire.
L’importance de l’action humanitaire va bien au-delà de l’assistance matérielle : elle symbolise la solidarité et la compassion universelle. Elle rappelle que, même dans les situations les plus critiques, personne ne doit être laissé pour compte. Elle contribue à protéger la dignité humaine, à renforcer la cohésion sociale et à semer l’espérance d’un avenir plus stable et plus juste.
Des routes dangereuses, des villages fantômes
Sur l’axe Ansongo-Tinhamma, autrefois animé par les commerçants et les camions de voyageurs, seules quelques motos circulent, souvent escortées par des pick-up de l’armée. Les villages qui bordent la route sont pour beaucoup abandonnés. Des habitations en banco s’effritent, les puits sont à sec, les champs en friche. « Ici, on ne vit plus, on survit », souffle un vieil homme rencontré á Ansongo. « Ceux qui sont restés dorment avec la peur et la faim, ceux qui partent marchent vers l’inconnu. »
Un plan de réponse menacé par le manque de fonds
Pour répondre à l’urgence, le Plan de réponse humanitaire 2025 prévoit la distribution de vivres, l’acheminement d’eau potable par camions-citernes, le déploiement de cliniques mobiles et la construction d’abris temporaires. Mais sur le terrain, les équipes humanitaires se heurtent à un manque de financement et à des problèmes d’accès.
« Nous avons les compétences et la volonté, mais pas toujours les moyens », déplore Issa Touré agent d´une ONG internationale. « Et certaines zones sont trop dangereuses pour que nous puissions y accéder régulièrement. »
La solidarité des communautés hôtes
Dans plusieurs localités, les déplacés sont accueillis par des familles déjà fragilisées par la pauvreté. Dans la petite ville de Bara (cercle d´Ansongo), Idrissa, père de deux enfants, héberge depuis dix mois une autre famille dans sa maison en banco. « On partage ce qu’on a, même si c’est peu », dit-il en servant du tô à ses hôtes. « Un jour, c’est peut-être nous qui aurons besoin d’aide. Grace a l´assistance, nous avons tenu jusqu´aujourd´hui »
Mais cette générosité a ses limites, malgré l´assistance : l’afflux massif de déplacés pèse sur les ressources locales et peut créer des tensions autour de l’eau, des terres et du bois de chauffe.
Une réponse nationale a la crise.
Face à l’ampleur de la crise, les autorités maliennes entendent « soutenir les populations par des solutions durables portées par nos pays avec et pour nos populations » a déclaré le ministre de la justice Garde des Sceaux, lors du lancement du 1er Forum des ministères en charge de l’action humanitaire de l’AES.
Cette déclaration du ministre de la Justice traduit une volonté politique claire : aller au-delà de la simple assistance d’urgence pour inscrire l’action humanitaire dans une logique de solutions durables
Pour beaucoup, la clé d’une amélioration durable réside dans la stabilisation sécuritaire du pays. « Tant que les armes parleront plus fort que la loi, nous continuerons à courir après l’urgence », résume un humanitaire chevronné basé à Gao.
Pour Zariatou et les milliers d’autres familles déracinées, l’espoir reste cependant tenace. « Un jour, je rentrerai chez moi », murmure-t-elle, les yeux perdus vers l’horizon. « Je veux que mes enfants grandissent là où je suis née. »
Par Djibrilla Touré
